|
Il contributo delle produzioni animali acquatiche, della pesca e dell’acquacoltura per l’alimentazione del pianeta fino al 2050
|
|
Alla luce delle analisi che stimano la popolazione mondiale nel 2050 pari a circa 9 miliardi di abitanti, l’Autore si domanda se il pianeta, con le proprie risorse, ecosistemi e processi produttivi sarà in grado di coprire i bisogni alimentari dell’umanità, inserendosi in un dibattito sul quale si sono già espressi Lester Brown (2003), Michel Griffon (2007) e André Neveu (2007) dell’Accademia dell’Agricoltura. L’articolo procede con un’analisi delle catture di pesce selvatico, le produzioni di allevamento ittico estensivo ed intensivo e una riflessione sul tasso di crescita della produzione agricola attuale necessario alla copertura del fabbisogno alimentare futuro.
|
La population mondiale devrait atteindre 9 milliards d’habitants en 2050. La planète, riche de ses écosystèmes et de ses sociétés, sera-t-elle alors en mesure de couvrir les besoins alimentaires de l’humanité? Un débat s’est engagé sur ce thème, après la parution d’ouvrages dont ceux de Lester Brown (2003) ou Michel Griffon (2007). De son coté, l’Académie d’agriculture a mis en circulation une note d’André Neveu (2007) et sollicite une contribution des sections.
Disons en préambule qu’il s’agit d’une réflexion théorique sachant que près d’un milliard d’hommes souffre déjà de la faim, que la production de nombreux pays sert pour partie aux besoins de pays plus riches et que ces derniers ne sont pas prêts à partager leurs ressources alimentaires, qu’elles soient propre ou importées.
Actuellement, les productions végétales atteignent 2 milliards de tonnes de céréales et plus de 100 millions de tonnes d’oléagineux (Tab. 1). De leur côté, les productions animales sont de l’ordre de 400 millions de tonnes de viande, toutes espèces confondues, auxquelles s’ajoutent les productions de lait (600 millions de tonnes) et d’oeufs (48 millions de tonnes).
Une partie des produits animaux provient d’espèces aquatiques qui font l’objet d’élevage, poisson, mollusque et crustacé. Une contribution non négligeable (93 millions de tonnes dont 6,5 de farine de poisson) est apportée par des ressources aquatiques sauvages capturées par pêche (Tab. 1).
|
Tableau 1 – Productions mondiales de l’agriculture en millions de tonnes et taux de croissance annuelle (diverses données FAO années 2002/2005)
|
| |
Production en mln de ton.
|
Croissance annuelle %
|
|
Céréales
|
2000
|
0,6
|
|
Oléagineux
|
114 (équiv huile)
|
3,5
|
|
Viande total espèces
|
248
|
2,7
|
|
Captures des pêches
|
93
|
0,8
|
|
Aquaculture extensive
|
34
|
# 10
|
|
Aquaculture intensive
|
5,8
|
# 10
|
|
Végétaux aquatiques (aquaculture)
|
11,5
|
|
La croissance annuelle moyenne, pour la production agricole totale, entre 1972 et 2002, a été de 2,4% et a tendance à se stabiliser ou à diminuer. La croissance la plus importante a été celle de la production aquacole, avec près de 10% par an depuis 1950.
L’évolution des productions au cours des cinquante dernières années est donnée sur la Figure 1.
Figure 1 – Evolution des productions animales mondiales provenant d’élevage et de pêche
production (Millons de tonnes)
La progression de l’ensemble des productions de viande d’animaux domestiques terrestres est régulière, mais c’est surtout le fait de la volaille, car la production de viande bovine tend à se stabiliser et le porc est rejeté dans de nombreux pays.
Il faut souligner que l’expression quantitative des productions n’est pas homogène.
Les tonnages de viande des animaux domestiques terrestres sont donnés en poids de carcasse non parée alors que les productions des espèces aquatiques sont exprimées en poids brut, poissons entiers non étêtés, crustacés entiers, mollusques avec la coquille; or le rendement de carcasse varie de 40 à 60% chez les poissons. Chez les huîtres, la coquille représente 87% du poids total. En équivallent carcasse l’aquaculture produit 13 millions de tonnes de poisson, 1,5 millions de mollusques soit 7% des productions animales mondiales, contre 20% si les captures par pêche sont incluses. Les produits aquatiques qui couvrent entre 15 et 20% des besoins en protéines de l’homme répondent à des demandes locales mais s’insèrent aussi dans le marché mondial. Par exemple le Japon fait venir par avion du thon d’Espagne et du saumon du Chili et l’UE importe des pangasius du Viêt-Nam.
Les produits animaux aquatiques sont obtenus globalement selon 3 modes différents
Les captures d’espèces sauvages par la pêche
La production aquatique la plus originale est la capture par pêche qui peut se révéler durable si les stocks sont convenablement exploités et si le coût énergétique est mieux maîtrisé.
La pêche minotière constitue une source de protéines non consommable par l’homme mais pouvant entrer dans la composition de granulés pour les distribuer aux monogastriques et aux poissons. Les apports des pêches maritimes tendent à se stabiliser.
Les pêches peuvent, pour certaines espèces, bénéficier d’un forçage du recrutement grâce au pacage marin qui consiste à élever en captivité des juvéniles et de les lâcher en rivière ou en mer où ils grossiront et seront pêchés à l’état adulte. Cette démarche qui s’applique déjà à plusieurs espèces (saumons, esturgeons, corégones,…) est prometteuse et revient à développer des activités d’élevage en mer, au large, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent, l’agriculture n’ayant jamais colonisé les milieux marins ouverts. S’ouvre ainsi une perspective d’exploiter des espaces nouveaux.
L’élevage extensif durable
Une grande partie des productions aquatiques est obtenue en conditions extensives considérées comme durables et faisant appel à des poissons phytophages ou omnivores (cyprinidés, tilapias, milkfish) et des mollusques filtreurs s’alimentant de végétaux (microalgues). Ces systèmes sont particulièrement développés en Asie et le plus souvent les produits dont le prix est de l’ordre de 1 /kg sont consommés localement. Il y a peu d’intrants, l’exploitation s’apparente à une révolution doublement verte, démarche mise en place avant la lettre par les aquaculteurs asiatiques.
Les sites de productions ne sont en général pas en compétition avec l’agriculture (terres peu fertiles ou zones marécageuses dans le cas de la pisciculture en étangs, ou en bordure de mer dans le cas de la conchyliculture) et n’encourent pas le reproche fait au bétail de consommer des céréales ou d’occuper des prairies sur terres pouvant être emblavées. Bien qu’étant remarquablement efficaces du point de vue écologique, ces systèmes n’ont qu’une croissance modeste liée à leur faible valeur marchande et leur rentabilité réduite (par exemple les cyprinidés en Chine) et à la pollution fréquente de leur environnement (cf. les biotoxines en conchyliculture).
L’élevage intensif
Une partie de la production aquacole est issue d’élevages intensifs, salmonidés, siluridés, sparidés, crustacés…, qui sont des espèces à plus forte valeur ajoutée (> 5 € ) et le plus souvent exportées.
Ces systèmes se voient adresser les mêmes reproches que les autres productions intensives; d’une part, une transformation médiocre des aliments en protéines animales et d’autre part, une auto dégradation de l’environnement (eutrophisation des eaux en rivières et en zones côtières).
La démarche s’apparente à la révolution verte avec forts intrants: distribution d’aliments artificiels couvrant la totalité des besoins, pompage de l’eau, oxygénation, souches sélectionnées, vaccination… Les apports de ce mode de production restent modestes avec à peine 20% du total de l’aquaculture. Mais des développements importants sont actuellement en cours dans un contexte de mondialisation. Les recherches sont actives dans ce domaine (cf. Wilson et al 2006) et devraient contribuer à améliorer les performances zootechniques et environnementales de ces élevages ce qui est impératif pour assurer leur durabilité.
Les aspects qualitatifs ont aussi leur importance; il est essentiel que les milieux d’élevage ne soient pas dégradés et que l’eau soit dépourvue de composés toxiques.
A cet régard la situation est dramatique en Chine où la pollution est telle que la chair des poissons élevés dans ces milieux présente des teneurs hors norme en pesticides, antibiotiques,métaux lourds et autres contaminants, de sorte que souvent des cargaisons sont refusées par les autorités sanitaires de l’UE ou des USA (cf. The New York Times/Le Monde 14/07/07). Cette concentration des élevages aquatiques dans des zones favorables à l’aquaculture avec les pollutions qui en résultent n’est pas sans rappeler les concentrations d’animaux domestiques rencontrées en Bretagne par exemple.
Pour nourrir la planète d’ici à 2050 (date à laquelle la population mondiale devrait théoriquement se stabiliser) il faudrait doubler la production agricole actuelle. Certains auteurs sont pessimistes: Brown (2007) estime que la crise alimentaire et environnementale conduira à l’effondrement de l’économie mondiale au cours du 21ème siècle, comme se sont effondrées de nombreuses civilisations dans l’histoire de l’humanité (Diamond 2006). Les perspectives concernant les productions végétales sont les plus favorables. Mais encore faut-il les replacer dans le contexte des changements climatiques. Elles laissent entrevoir des augmentations importantes grâce à l’exploitation de nouvelles terres, l’irrigation, l’intensification de la production (OMG). Le tout soutenu par un effort accru de recherche et développement. Les productions animales posent plus d’interrogations. Griffon estime que l’élevage de polygastriques sera circonscrit à la savane et autres espaces pastoraux, où l’agriculture est érosive ainsi qu’aux zones en pente converties en prairies et essentiellement destiné à la production du lait, laquelle est plus efficace que la transformation en viande. Pour ce même auteur l’alimentation à base de céréales et d’oléagineux sera réservée aux monogastriques, volaille, porc et poisson.
On retrouve cette dualité dans les productions aquatiques avec les espèces phytophages que sont les mollusques, les poissons (herbivores ou planctonophages) et les espèces carnivores (crustacés et certains poissons).
Face à cette dualité dans les régimes alimentaires une polémique s’est instaurée. Il est en effet possible d’élever des animaux, y compris des poissons et crustacés à peu près entièrement avec des matières premières végétales. Mais l’homme peut également vivre avec un régime entièrement végétarien. Comme la transformation végétal-animal est coûteuse (pour obtenir 1 calorie de viande il faut, selon les espèces, de 3 à 9 calories de produits végétaux) pourquoi ne pas faire consommer directement des céréales à l’homme et supprimer les élevages producteurs de viande? Il existe une abondante littérature sur le sujet (par exemple Bonnardel (1995), Anonyme, www.veganimal.info, Leckie 2003) mais les arguments avancés ne sont pas toujours pertinents. En réalité l’objectif est de mieux répartir la consommation:
Si ces conditions sont réunies, une augmentation significative des productions est possible et la croissance de 10% observée depuis plusieurs décennies pourrait se poursuivre. Mais d’un point de vue quantitatif, c’est à dire en ne considérant que la biomasse produite, les poissons et les crustacés seront en compétition avec les autres transformateurs que sont les monogastriques et c’est l’espèce la plus efficace en terme de conversion alimentaire, de coûts de production et d’absence d’impacts négatifs sur l’environnement qui se développera.
En conclusion, au cours des prochaines décennies, les productions devraient légèrement augmenter pour les pêches et les élevages extensifs. Pour les élevages intensifs des potentialités importantes de développement existent. Les facteurs les plus déterminants sont l’agriculture et sa capacité à fournir des aliments aux poissons et crustacés, et la recherche qui permettra d’optimiser la production et réduire les rejets polluants.
Roland Billard
Bibliographie
Billard R., (2003), From polyculture to polyculture in fish farming. Aquaculture: retrospective and outlook. C. S. Leee Edit., Asian fisheries society, pp 169-200.
Bonnardel Y
., (1995), La consommation de viande en France: contradictions actuelles. www.cahiers-antispecistes.org.
Brown L., (2006), Plan B 2.0: Rescuing a planet under stress and a civilization in trouble. Norton & Co, Washington.
Diamond J. (2006), Effondrement. Gallimard 648 p.
Leckie S. (2003), Répercutions de la consommation de viande sur la securite alimentaire et l’environnement. IDRC www.idrc.ca.
Griffon M. (2007), Nourrir la planète, Odile Jacob, 456 p.
Neveu A 2007. Le monde pourra-il nourrir 9 milliards d’habitants en 2050? Académie d’agriculture séance du 23 Mai 2007. 7 p.
Wilson RP., Corraze G., Kaushik S., (2007), Nutrition and feeding on fish. Aquaculture 267, 336 p.